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Au Lycée Mozart : Une grève contre l’acharnement répressif
Article publié le 1er juin 2021

Communiqué du 25 mai 2021 de l’assemblée générale du Lycée Mozart

 

Une grève contre l’acharnement répressif

Nous professeurs du lycée Mozart étions massivement en grève ce mercredi 19 mai 2021. Une trentaine d’entre nous se sont rendus devant le rectorat de Créteil afin de soutenir notre collègue professeur d’histoire-géographie qui y avait été convoqué pour être entendu par la responsable de la DPE et son adjointe, afin d’être confronté au rapport rédigé par la proviseure à son encontre. Dans ce rapport il est reproché à notre collègue d’avoir retiré une banderole qui était accrochée aux grilles du lycée le vendredi 12 février. Celui-ci est soupçonné par ce seul geste d’avoir apporté un soutien logistique à la mobilisation des élèves. Les parents d’élèves élus au CA ont écrit au recteur et à la proviseure afin de manifester leur soutien et demander l’arrêt des poursuites.

Nous sommes absolument choqués par le contenu de ce rapport et encore davantage par le fait qu’il puisse occasionner une convocation au rectorat. Les accusations portées contre notre collègue n’ont aucun fondement et tout soupçon à son égard aurait pu être dissipé par un simple dialogue avec la proviseure. Mais celle-ci l’a toujours refusé.

Il nous semble important, pour que les choses soient claires, d’apporter des précisions sur le contexte qui a occasionné cette procédure à l’encontre de notre collègue. Ce que nous faisons longuement ci-dessous. Chacun pourra alors aisément comprendre qu’il s’agit, une fois de plus (après nos collègues de Melle, Bordeaux, La Plaine ou encore Choisy le roi), d’une volonté des représentants de l’institution de s’acharner contre des professeurs qui se mobilisent pour l’avenir de leurs élèves, la qualité de l’enseignement et leurs conditions de travail. Il n’échappera à personne que l’institution ne lésine devant aucun moyen quand il s’agit de sanctionner et d’intimider les professeurs alors que rien n’est fait quand il s’agit de leur assurer les moyens matériels et humains nécessaires pour exercer leur métier.

Dans ce rapport contre notre collègue est également mentionné le « climat scolaire » et un « contexte de crise » au sein du lycée pour expliquer que la proviseure ait été amenée à rédiger ce rapport sans tenter de rencontrer au préalable le collègue. A ce sujet, le rapport d’enquête du 2 octobtre 2017 de la CHSTC académique venue au lycée mentionne que « l’ambiance de travail était bonne pour une majorité d’enseignants ». Les relations avec le précédent chef d’’établissement étaient également jugées « globalement bonnes » par cette commission. En 2019 et 2020, le Parisien cite le lycée Mozart comme l’un de ceux qui fait « le plus progresser les élèves ». Il n’y a eu qu’un seul conseil de discipline depuis le début de l’année, et les relations entre les enseignants et les élèves sont globalement apaisées.

Les difficultés dont témoigne la proviseure auraient donc certainement pu être expliquées bien plus efficacement par le contexte social (accroissement de la pauvreté), le contexte scolaire (réforme du lycée), le contexte sanitaire (pandémie) face auxquels il eut fallu déployer les qualités et compétences nécessaires afin de les affronter. Mais quel rapport entre une banderole retirée d’une grille et les difficultés d’une proviseure à gérer un établissement scolaire ? Les défaillances d’une direction ne sont malheureusement pas de notre fait.

Nous en appelons au soutien de l’ensemble des collègues, des parents et de tous ceux qui, comme nous, sont inquiets pour le sort de l’éducation nationale. Nous sollicitons également le soutien de l’ensemble des organisations syndicales. Seule une réaction ferme, déterminée et massive pourra mettre fin à cette politique ultra répressive dont de plus en plus de personnels de l’éducation nationale font les frais.

Récit des faits qui se sont déroulés du 8 février au 19 mai 2021

Mercredi 10 février : Interpellation violente, garde à vue et convocation judiciaire d’une élève de 17 ans

- Le début de la semaine du 8 février avait été marqué par une mobilisation d’élèves du lycée qui avaient organisé un blocus afin de protester contre la tenue d’épreuves de bac blanc auxquelles ils estimaient ne pas avoir été suffisamment préparés. Les élèves qui ont massivement refusé d’entrer dans le lycée ont fait part de leur profonde inquiétude face à des évaluations dont ils craignaient qu’elles pèsent lourd dans le contrôle continu et qu’elles aient des conséquences sur l’obtention du diplôme du bac.

- Le mercredi 10 février le blocus a été reconduit par les élèves. Ce jour-là dès 7 heures du matin un très grand nombre de policiers (police nationale et municipale) étaient sur place. Les élèves ont organisé une chaîne humaine.

- Vers 7h15 alors qu’il faisait encore noir, les policiers présents ont procédé à une fouille des élèves. Le portable d’un policier avait semble-t-il été perdu. Celui-ci a été retrouvé, il avait été ramassé par terre par une élève qui l’a rendu aux policiers. La chaîne humaine d’élèves s’est donc formée à nouveau afin de reprendre le blocus.

- Dix minutes plus tard, l’élève qui avait retrouvé et rendu le portable a été projetée à terre par les policiers et traînée jusqu’à l’intérieur de l’établissement dans le hall. Quatre policiers ont alors maintenu à terre cette jeune fille de 17 ans pour lui mettre des menottes. Celle-ci hurlait de douleur sous le regard de la proviseure et du proviseur adjoint qui ne sont à aucun moment intervenus. La scène a été filmée par des élèves et diffusée sur les réseaux sociaux créant un grand émoi auprès des élèves et des parents d’élèves.

- La jeune fille a été interpellée et amenée au commissariat, vers midi, elle est revenue au lycée avec sa mère et a demandé à être reçue par la direction. Elle était convoquée le lendemain au commissariat. L’après midi même, elle a pu faire constater par les médecins de l’hôpital Robert Ballanger d’Aulnay-sous-Bois les traces physiques dues à son interpellation, une plainte a été déposée auprès de l’IGPN par son avocate.

- Le lendemain, elle s’est rendue au commissariat avec ses parents et a été placée en garde à vue durant plus de 10 heures. Elle a été menottée à sa chaise et intimidée. Son avocate a du faire plusieurs signalements concernant la manière dont elle a été traitée. Dans la soirée elle a finalement été relâchée suite à l’intervention du médecin légiste et convoquée fin avril auprès du délégué du procureur de la République à la maison de la justice du Blanc-Mesnil à une date erronée puisqu’elle était convoquée un dimanche ce qui fait qu’elle n’a pas pu s’y rendre à la bonne date. Il n’était fait sur cette convocation aucune mention du vol de portable, le motif retenu contre elle par les policiers était celui de rébellion. L’IGPN a contacté la jeune fille pour l’assurer qu’elle menait une enquête dont les parents attendent encore, à ce jour, les conclusions.

Du 10 février au 2 mars : Les actions des professeurs du lycée Mozart et des parents d’élèves

- Le mercredi 10 février les professeurs, suite à l’interpellation de l’élève et face à l’absence de réaction de la direction ont décidé d’annoncer aux élèves que les épreuves prévues le mercredi et les jours suivants seraient facultatives. Ils ont rédigé un communiqué afin de protester contre l’intervention de la police et dénoncer le fait que la direction ait recours aux forces de l’ordre plutôt qu’au dialogue afin de prendre en compte et traiter le mal être exprimé par les élèves au moyen de ces blocus. Nous avons également voté la grève pour le lendemain et la confection d’une banderole.

- Le jeudi 11 février, un certain nombre d’entre-nous se sont mis en grève pour dénoncer les violences policières et soutenir notre élève convoquée au commissariat. Les professeurs grévistes ont fait un piquet de grève devant le lycée durant lequel ils ont déployé la banderole sur laquelle était inscrit « police hors de nos lycées ». Un groupe d’une vingtaine de professeurs se sont rendus au commissariat afin de soutenir la jeune fille et sa famille.

- Le vendredi 12 février : les enseignants ont repris le travail et sont allés surveillé la dernière épreuve. Très peu d’élèves étaient présents. Les élèves ont organisé un blocus symbolique qui a été rapidement levé.

- Le mardi 2 mars, à la rentrée des vacances de février, une réunion en visio a été organisée à l’initiative des parents élus au CA afin de revenir sur cet événement. Au cours de cette réunion à laquelle les représentants élèves n’avaient pas été invités, les parents comme les professeurs se sont dit extrêmement choqués par l’interpellation de l’élève dans l’enceinte même du lycée et sa garde à vue. Ensemble, ils ont demandé à la direction du lycée des précisions et des éclaircissements sur les conditions de cette interpellation et ont exprimé leur volonté qu’un dialogue soit établi avec les élèves afin de rétablir un climat de confiance au sein du lycée. La proviseure n’a donné aucune suite à leurs demandes. Les enseignants ont envoyé un courrier au recteur pour demander des explication sur cette intervention et dénoncer les conditions anormales dans lesquelles elle s’est déroulée. Ils n’ont eu aucune réponse à ce courrier.

Du mardi 2 mars au mercredi 19 avril : la réaction de la proviseure par la mise en œuvre d’une procédure disciplinaire à l’égard de notre collègue.

- Le mardi 2 mars, jour même de la réunion avec les parents, notre collègue est avisé par la proviseure de l’existence du rapport disciplinaire rédigé à son encontre sans aucune discussion préalable. Un grand nombre de professeurs ont alors débrayé afin de demander à la proviseure de revoir sa décision et de rencontrer le collègue afin de s’entretenir avec lui. Rien n’y a fait.

- Un semaine plus tard, le collègue a découvert ce rapport dans lequel il lui était reproché d’avoir, le vendredi 12 février, lors de sa pause, retiré des grilles du lycée la banderole des professeurs laissée par les enseignants en grève la veille et qui se trouvait encore devant le lycée. Il lui est également reproché d’avoir répondu ironiquement « oui » à la question de la proviseure qui l’attendait au coin du parking du lycée lorsqu’elle lui a posé la question « alors comme ça c’est vous qui gérez la banderole des élèves ». Le geste de notre collègue ne lui semblait pas pouvoir prêter à confusion, puisqu’il n’avait justement pas touché aux banderoles des élèves qui étaient également présentes devant le lycée.

- Apprenant le contenu de ce rapport, une cinquantaine de professeurs ont alors signé une pétition demandant à la proviseure de ne pas l’envoyer et de recevoir le professeur pour engager un dialogue. Rien n’y a encore fait.

- Nous nous retrouvons ce mercredi 19 mai devant le rectorat pour une convocation au terme de laquelle aucune réponse ne nous a été donnée. Que se passera-t-il encore demain ? Cette politique à coup d’épée de Damoclès doit cesser. C’est proprement insupportable.