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Communiqué d’un collectif de Psy-En - Appel à la mobilisation le 10 juin
Article publié le 2 juin 2021

 

Nous, psychologues de l’Éducation nationale, appelons à rejoindre en nombre la mobilisation du 10 juin 2021 portant les revendications de l’ensemble des psychologues, tous lieux d’exercice confondus.

 

Pour le respect de notre autonomie et de la pluralité de nos pratiques

 

Nous demandons le respect de notre autonomie dans le choix des outils et méthodes que nous employons, conformément au Code de déontologie (principe 3 de responsabilité et d’autonomie). Pour cette raison, nous nous opposons aux injonctions et aux prescriptions de tiers – que celles-ci soient internes (voie hiérarchique…) ou externes (MDPH, médecins…). Nous nous opposons aux tentatives politiques qui visent à paramédicaliser notre profession et qui portent atteinte à l’ensemble de la profession. Nous rejetons la volonté politique de créer un Ordre des psychologues – création imposée sans concertation effective des professionnel·les concerné·es, de façon anti-démocratique. Nous rappelons que nous disposons déjà d’un Code de déontologie, dont la version actualisée en 2012, rédigée par des psychologues, guide nos pratiques et fait consensus au sein de la profession. Nous rappelons également que l’usage du titre de psychologue est réglementé par la loi depuis 1985, attestant de fait de nos compétences professionnelles.

 

Le respect de notre autonomie dans le choix des outils et méthodes que nous employons passe également par la mise en œuvre de moyens à la hauteur de nos besoins. En effet, nous devons disposer d’un budget suffisant pour acheter les nouveaux outils dont nous avons besoin – qu’il s’agisse de compléter les outils que nous avons à disposition et/ou d’actualiser les outils dont nous disposons déjà lorsqu’une version plus récente paraît.

 

Par exemple, dans de nombreux établissements au sein de l’Education nationale, les psychologues utilisent encore le WISC-IV pour réaliser des bilans psychologiques / cognitifs alors que la nouvelle version du WISC-V est parue en 2016 en France. Le défaut d’actualisation de nos outils en raison du manque de moyens dont nous disposons ne permet pas un accompagnement adapté des enfants et adolescent.es que nous rencontrons, puisque les outils que nous sommes contraint.es d’utiliser ne sont plus adaptés à notre société actuelle, ce qui est là encore contraire au Code de déontologie (chapitre III). L’actualisation est une étape nécessaire mais elle n’est pas suffisante : elle doit s’accompagner de moyens permettant également de disposer des nouveaux outils (psychométriques mais pas seulement) dont nous avons besoin.

 

Le Ministère de l’Éducation nationale doit allouer un budget adapté permettant de répondre à ces besoins sur l’ensemble du territoire, y compris lorsque cela nécessite de travailler en partenariat avec les communes (qui gèrent le budget des psychologues de l’Éducation nationale du 1er degré).

 

Pour des conditions de travail dignes et un véritable accompagnement des publics que nous rencontrons

 

Nous demandons la baisse du nombre d’enfants / adolescent·es par psychologue – seul moyen d’accompagner réellement les enfants et adolescent·es en disposant du temps nécessaire pour l’analyse de chaque situation et pour l’accompagnement effectif et adéquat, en évitant ainsi de nous transformer à machines à effectuer des bilans et/ou à orienter vers un diagnostic (qui, fait à la va-vite, tient rarement compte de l’enfant / adolescent·e en tant que véritable sujet). En 2010, dans le cadre de l’enquête européenne EPSIL menée par le réseau européen des psychologues dans le système d’éducation (NEPES), le nombre important d’élèves par psychologue en France était déjà élevé alors que d’autres modèles existaient déjà à l’échelle européenne. Si la profession a évolué depuis, force est de constater que, sur le plan des effectifs, la situation ne s’est guère améliorée. Nous revendiquons donc une baisse du nombre d’élèves par secteur pour chaque psychologue de l’Education nationale, avec un nombre de 400 élèves par secteur d’intervention.

 

Nous exigeons également une augmentation du nombre de postes aux concours de psychologues de l’Education nationale, dans le 1er comme dans le 2nd degré, afin de combler le déficit actuel et de permettre la baisse du nombre d’élèves par psychologue. Pour rappel, en 2020, à l’échelle nationale, seuls 125 postes ont été ouverts aux concours concernant le 1er degré et 75 dans le 2nd degré (concours externe et interne confondus). Pour la session 2021, 5 postes supplémentaires sont prévus dans le 1er degré ainsi que 5 postes supplémentaires également dans le 2nd degré, ce qui est très loin d’être suffisant pour répondre aux besoins. De plus, nous demandons, pour le 2nd degré, la préservation du service public d’information et d’orientation dans les CIO, l’arrêt immédiat de la fermeture des CIO et la réouverture de ceux ayant déjà été fermés. Nous demandons un recrutement spécifique de psychologues, en nombre suffisant, pour accompagner les collègues non psychologues (enseignant·es, AESH, personnels de direction…) et pour que cesse la demande croissante qui nous enjoint de réaliser cet accompagnement, dans un contexte qui ne permet pas de garder une neutralité et une distance nécessaires avec nos collègues non psychologues et va ainsi à l’encontre de notre déontologie.

 

Nous revendiquons également la mise en œuvre d’une formation continue effective et adaptée pour l’ensemble des psychologues de l’Education nationale, prise en charge par le Ministère de l’Éducation nationale. A l’heure actuelle, nous nous voyons contraint·es d’effectuer la majorité de nos formations en dehors du cadre de l’Éducation nationale, à nos frais. La formation continue est pourtant nécessaire pour répondre à nos missions et actualiser nos connaissances (principe 2 du Code de déontologie). Nous demandons qu’une supervision / analyse des pratiques, menée par un·e psychologue, nécessaire pour exercer dans un cadre déontologique, soit proposée et prise en charge par l’Education nationale pour tou·tes les psychologues qui le souhaitent, sur l’ensemble du territoire.

 

Par ailleurs, nous demandons que la création du corps unique des psychologues de l’Éducation nationale (officialisée à la rentrée 2017) soit effective, avec en conséquence des passerelles permettant à tout·e psychologue de l’Education nationale de passer du 1er degré au 2nd degré et inversement.

 

Pour la convergence des luttes avec nos collègues psychologues, au-delà de l’Éducation nationale

 

Nous apportons notre soutien à l’ensemble des revendications portées par nos collègues psychologues exerçant en dehors de l’Éducation nationale.

 

Nous revendiquons notamment davantage de moyens matériels et humains dans les services publics, y compris hors Éducation nationale, avec un recrutement massif de psychologues et des conditions de travail dignes pour nos collègues, en accord avec les revendications portées par l’appel du 10 juin et les différents communiqués des organisations syndicales représentatives et des Collèges de psychologues. Ce manque flagrant de moyens, que nous retrouvons au sein de l’Éducation nationale, impacte d’ailleurs aussi notre travail – par exemple, lorsque nous rencontrons des enfants ou adolescent·es pour lesquel·les un accompagnement psychologique en dehors de l’institution scolaire semble indiqué mais que le manque de moyens dans les services publics ne permet pas cet accompagnement, avec des délais d’attente d’un an au minimum (souvent plus) dans de nombreuses régions auprès des CMP.

 

Les nombreuses réformes actuelles, expliquées et contestées notamment dans le cadre de l’appel du 10 juin, portent atteinte à l’ensemble de notre profession. Nous, psychologues de l’Éducation nationale, sommes psychologues avant tout et appelons à soutenir les revendications de nos collègues psychologues exerçant dans d’autres secteurs que le nôtre.

 

Pour toutes ces raisons, nous appelons à rejoindre la mobilisation nationale du 10 juin, en faisant grève et en nous rassemblant devant le Ministère de la Santé à Paris et devant les ARS ou les préfectures (selon les modalités locales définies) sur l’ensemble du territoire.