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Fin de projet à Halimi : on achève bien les expérimentations pédagogiques
Article publié le 24 juin 2020

Les personnels du collège coopératif et polytechnique d’Aubervilliers (Gisèle Halimi) ont appris début juin par un courrier brutal, malhonnête, et dépourvu d’arguments rationnels, que leur projet d’établissement innovant devait prendre fin dès maintenant. Nous nous indignons de cette situation !


L’équipe qui l’a porté pendant 10 ans pensait que ce type d’établissement avait toute sa place et son sens dans un quartier populaire, et ne devait pas être réservé aux enfants de la bourgeoisie.


Public et de secteur, ce collège avait pourtant porté depuis son ouverture un projet d’établissement différent, pensé et élaboré par un collectif de personnels de l’éducation nationale et des parents. Inspiré des pédagogies coopératives ; ouvert et en lien avec son territoire et de nombreux partenaires extérieurs ; laissant la place au tâtonnement, à l’expérimentation, aux enseignements et pratiques manuels, à l’interdisciplinarité ; laboratoire d’une démocratie scolaire et salariale nouvelle ; ce projet était résolument progressiste et ambitieux. L’équipe qui l’a porté pendant 10 ans pensait que ce type d’établissement avait toute sa place et son sens dans un quartier populaire, et ne devait pas être réservé aux enfants de la bourgeoisie. Après des négociations complexes, il avait été validé par la CARDIE (responsable des expérimentations) et le rectorat, et devait être évalué au bout de 3 années, en 2021.

Cependant, dès l’ouverture en 2018, avec près de 5 années de retard, l’équipe et les élèves ont du subir une année entière dans des préfabriqués indigents et bon marché, qui prenaient l’eau et dont le toit s’envolait, pendant que le département empochait les pénalités liées au retard de chantier.


Après un an de fonctionnement dans des conditions éprouvantes, et alors que les personnels en poste étaient majoritaires à vouloir rester, près de 50 % de l’équipe a été renouvelée.


Avant même l’ouverture, des inspecteurs et le recteur Daniel Auverlot ont tout fait pour entraver le projet, et pour empêcher une partie des initiateur·trices du projet d’intégrer l’équipe enseignante. Certain·es élu·es du SNES se sont alors rangés du côté de l’administration pendant les commissions paritaires qui concernaient les postes de l’établissement. Ainsi, une contractuelle impliquée depuis les premières heures a été évincée… parce que contractuelle, des enseignant·es se sont vus affectés provisoirement sur leur poste et ont subit un acharnement à leur encontre de la part d’inspecteurs de mauvaise foi, près de la moitié de l’équipe, souvent des néo-titulaires peu expérimentés, a été affectée sur l’établissement sans même avoir été informée par l’administration de la particularité du collège, et des postes sont restés non-pourvus alors que des candidats volontaires existaient.
L’établissement, pourtant classé REP+, a été sous-doté en personnels de vie scolaire, en personnels d’entretien, en heures d’enseignement, en budget de fonctionnement. Après un an de fonctionnement dans des conditions éprouvantes, et alors que les personnels en poste étaient majoritaires à vouloir rester, près de 50 % de l’équipe a été renouvelée.

Tout a donc été organisé pour que rien ne puisse fonctionner !

C’est alors que moins de deux ans après son ouverture, et en plein pendant le confinement et la crise sanitaire sans précédent que nous avons vécus, le recteur a décidé de porter le coup fatal. Le projet ne sera pas évalué selon les critères programmés, il sera évalué au doigt mouillé par des personnes qui veulent sa mort et qui n’ont qu’un but : le retour à une école réactionnaire, celles des « fondamentaux ».


L’école de Blanquer, d’Auverlot, et de toutes les hiérarchies nuisibles ne vise pas à émanciper les enfants, elle vise à les soumettre, tout comme les personnels, à l’autorité.


Cette décision est une interprétation à courte vue du discours ministériel du moment : l’école ne sert qu’à apprendre à lire, à compter, et à obéir. Elle doit préparer à se vendre sur le marché du travail, mais sans jamais donner les armes intellectuelles pour s’émanciper, se défendre, faire valoir ses droits. L’école de Blanquer, d’Auverlot, et de toutes les hiérarchies nuisibles ne vise pas à émanciper les enfants, elle vise à les soumettre, tout comme les personnels, à l’autorité. Cette école de la reproduction sociale, de l’inégalité permanente, c’est celle que les collègues d’Halimi ont cherché à combattre et à laquelle ils et elles ont tenté de proposer concrètement une alternative.
Sans aucune considération pour le service public, les carriéristes de l’éducation nationale ne pensent qu’à se faire une place dans une administration qui suit le vent réactionnaire du moment, et sont prêts pour cela à tout écraser. Ils se protègent les uns-les autres, protègent des personnels de direction incompétents, dangereux, agresseurs, délinquants en col-blanc. Et ils sanctionnent les syndicalistes, détruisent les projets pédagogiques, méprisent les élèves et leurs familles.

Si l’école tient encore le coup dans le 93, c’est grâce aux personnels de terrain, et en dépit de leur hiérarchie.

SUD éducation 93 a soutenu le projet de collège coopératif et polytechnique à Aubervilliers depuis ses tout débuts, comme nous avons soutenu toutes les équipes qui luttent sur le terrain pour une école émancipatrice. Force est de constater qu’il s’agit chaque fois d’un bras de fer engagé avec l’institution pour défendre une école de l’émancipation et que ce combat pour une autre école recoupe celui du combat pour une autre société. Ainsi nous affirmons que seuls les personnels de terrain sont à même de savoir comment l’école doit être organisée, pour le bien des élèves et de leurs familles, et pour le service public d’éducation.

Nous apportons notre plein soutien à l’équipe du collège Gisèle Halimi d’Aubervilliers, et appelons toutes les personnes soucieuses du devenir de l’école à faire de même.

Signez et faites signer la pétition pour sauver le projet sur : https://www.change.org/p/m-le-recteur-de-l-académie-de-créteil-maintien-du-projet-pédagogique-novateur-au-collège-gisèle-halimi-d-aubervilliers