SUD Education Solidaires SUD Education 93
Membre de l'union académique SUD éducation, de la fédération SUD éducation et de l'union syndicale Solidaires

1er degré | 2nd degré | AESH, AED, AP | Agent-es | Contractuel-les enseignant-es | Interprofessionnel | Les représentant-e-s | Lycée professionnel | Plainte antiracisme | Stagiaires | Supérieur | Réforme des retraites | Moyens des établissements | Education prioritaire | Plan d urgence | Réforme du lycée | COVID-19 |

Lycée Mozart du Blanc-Mesnil - communiqué + courrier des enseignant·es sur la ré-ouverture et la DHG de l’établissement
Article publié le 4 mai 2020

Communiqué

Communiqué des professeurs du lycée Mozart réunis en Assemblée Générale le 1 er mai 2020

OU EST LE MINISTERE DE L’ EDUCATION ?

Le 11 mai prochain, le gouvernement français a décidé de maintenir le principe d’une ouverture des écoles et crèches, puis, le 18 mai, des collèges, enfin, début juin des lycées. Nous dénonçons cette décision prise par le gouvernement français, a contrario des gouvernements italien, britannique et espagnol (3 pays qui en sont au même niveau de contamination que la France amis qui ont pris, quant à eux, la décision de rouvrir les établissements scolaires en septembre prochain).

En effet, cette annonce de réouverture, comme l’avaient déjà souligné les Sénateurs, ne répond à aucun projet pédagogique (et ce malgré les positions de principe énoncées dans les discours du président de la république et du premier ministre), elle se fait contre l’avis du conseil scientifique et sans qu’aucun bilan sanitaire n’ait été établi du niveau et des conditions de la contamination des membres de la communauté scolaire avant confinement : combien d’élèves, de professeurs, de personnel éducatif ou administratif, d’agents malades ou morts dans les établissements où des cas de covid 19 avaient été diagnostiqués avant le 16 mars ? Personne n’en sait rien et n’a cherché à le savoir au ministère.

Dans ces conditions, nous n’en sommes pas dupes, cette réouverture a pour fonction principale de rendre possible le retour au travail des parents d’enfants non encore autonomes (sinon pourquoi commencer par les écoles et au collège par les 6 ème et 5 ème ?) et entend faire de l’école la garderie du Medef.

En plus d’être hors-sujet, cette réouverture est dangereuse car chacun sait que nulle part le protocole sanitaire strict énoncé le 3 avril par le CHSCT ministériel ne pourra être appliqué non plus que respecté. L’État, le premier, en a conscience, ce qui l’a conduit à se défausser de ses responsabilités en les reportant sur le niveau local : maires, présidents de région, chefs d’établissements. Le sort de chacun se retrouverait donc remis entre les mains de personnes dont le bon sens et la réactivité sont fluctuants et variables, faisant de décisions, pourtant vitales pour toute une communauté, une question d’opinion.

Nous demandons donc que les seules normes prises en compte pour décider de la réouverture des établissements soient celle du CHSCT (dépistage de tous, masques sanitaires pour tous, réduction des effectifs afin de respecter la distanciation, nettoyage et désinfection biochimique régulière des locaux et matériels) ce qui revient finalement à valider l’avis du conseil scientifique : pas d’ouverture avant septembre prochain.

Nous nous déclarons ainsi solidaires de tous nos collègues des maternelles, des écoles primaires et des collèges qui refuseraient légitimement de rentrer en classe dans ces conditions dès le mois de Mai et nous envisageons de faire jouer notre droit de retrait en cas de reprise dans les lycées en juin dans des conditions similaires. Nous exprimons également toute notre solidarité avec les travailleurs, dont font partie les parents de nos élèves, qui, sans pouvoir dire non, doivent eux aussi retourner au travail dans des conditions sanitaires déplorables.

Concernant les modalités du bac 2020, rien n’a été précisé depuis la prise de parole du ministre de l’éducation le vendredi 4 avril dernier : un bac au contrôle continu, pas de notes possibles pendant le confinement, pour les élèves de terminale, des jurys de délibération décrétant du sort de chaque élève et des oraux de rattrapages pour ceux qui auraient entre 8 et 10 ; pour les élèves de première, l’écrit transformé en contrôle continu et des oraux de français maintenus.

Aucun cadrage national n’a été produit depuis et pourtant le nombre de situations particulières est presqu’aussi important que le nombre d’élèves : par exemple, qu’en sera-t-il de l’élève qui aurait dû passer une épreuve de LV1 dans une langue différente de celle qui est enseignée dans son lycée ? Comment sera calculée la moyenne des élèves absents tout un trimestre ou ayant eu un prof absent en arrêt maladie et non remplacé par le rectorat sur tout un trimestre ? Comment faire pour établir une note dans les matières qui s’évaluent seulement à l’oral dans le cadre d’une épreuve finale comme certaines options, parfois à fort coefficient ? Les questions toutes légitimes ne manquent pas, et pas un début de réponse de la part d’un ministère qui, depuis le début, court après la crise.

Chacun est condamné à errer dans ce brouillard, sans aucune information ni moyen de s’en procurer car le ministère est aux abonnés absents. C’est en tous cas ce que nous répondent nos directions, nos inspections quand nous les interrogeons à ce sujet.

Compte tenu de cette impréparation et de cette incurie qui vient s’ajouter à l’année scolaire catastrophique qu’ont connu bon nombre d’élèves, nous exigeons que le diplôme du bac soit donné à chaque élève de terminale, sans condition, et sur décision du ministère et de l’État sans qu’encore une fois la responsabilité des décisions ne soit transférée aux professeurs rassemblés dans des jurys on ne sait quand, on ne sait où, et ne disposant que d’informations nécessairement fragmentaires qui les forceraient à s’en remettre à leur opinion nécessairement fluctuante et mal éclairée pour décréter qui sera ou non bachelier. Cette revendication du « Bac pour tous » nous permet également de réaffirmer notre refus du contrôle continu comme modalitéd’évaluation des élèves, déjà exprimée par notre rejet total de la nouvelle version du « bac blanquer ».

Nous exigeons également que l’annonce de l’annulation de l’oral de français pour les premières soit faite au plus vite et qu’une solution soit trouvée pour que cette génération d’élèves ne soit pas lésée.

Enfin, ce flou dans lequel nous maintient l’État, concernant tant la reprise en mai ou en juin que les modalités d’obtention du bac, nous semble participer d’une stratégie visant à nous détourner de l’essentiel : la préparation de la rentrée prochaine en septembre.

Comme nombre d’établissements, notre DHG est fortement en baisse car le ministère avait choisi avant le confinement de les dégrader encore davantage avec la mise en application de la « réforme blanquer » au niveau de la terminale. Nous exigeons que cette DHG soit abondée en moyens afin d’assurer un enseignement digne de ce nom en permettant que les effectifs de classes n’excèdent jamais 24 élèves et que des dédoublements soient possibles toutes les fois que nécessaire.

Nous demandons également qu’une DHG alternative soit prévue dès aujourd’hui par l’État afin qu’un enseignement soit possible en groupes réduits de 15 élèves au cas où l’épidémie l’exigerait encore en Septembre.

Personne ne comprendrait que l’école se retrouve à nouveau démunie à cette échéance alors que rien ne permettrait plus d’excuser l’impréparation.


Courrier adressé au proviseur du lycée par les personnels enseignant·es réunis en assemblée générale "à distance" le 1er mai 2020.

Nous faisons le constat regrettable qu’il n’est pas possible, dans les conditions que vous nous proposez, de mener à bien la discussion sur la préparation de la rentrée, et ce pour les raisons que nous vous exposons ci-dessous :

1- La situation sanitaire n’est plus du tout la même qu’au mois de janvier lorsque vous nous avez transmis la DHG et les documents préparatoires – par ailleurs incomplets.

Cette évolution de la situation ne peut être ignorée, de même que les exigences nouvelles qui doivent être prises en compte pour la préparation de la rentrée 2020 :

- Premièrement, il est désormais impossible d’envisager que des élèves d’une même classe se trouvent dispatchés en une multitude de groupes de spécialité, ce qui conduirait à une diffusion encore plus rapide et exponentielle du virus. Cette forme d’organisation était déjà une aberration pédagogique, c’est désormais aussi une aberration sanitaire qui nous oblige absolument.
Il faut donc rétablir des groupes classe.

- Deuxièmement, la situation actuelle a engendré des difficultés et du retard pour de nombreux élèves. Il est nécessaire de mettre en place un suivi pédagogique étroit afin de pouvoir aider les élèves à combler leurs lacunes. Cela est totalement impossible avec des classes ou des groupes prévus à 30 ou 35 comme c’est le cas actuellement. Il convient donc de prendre en compte cette situation et faire un TRMD en conséquence en généralisant les groupes à 24 à l’ensemble des classes et en faisant des dédoublements chaque fois que nécessaire afin de permettre un accompagnement pédagogique renforcé des élèves.
Une demande de moyen supplémentaire doit être faite en ce sens.

- Troisièmement, les conditions sanitaires dans lesquelles va se faire la rentrée sont encore incertaines. Il est fortement probable que les cours ne pourront pas reprendre normalement et qu’il faille envisager des groupes à effectifs réduits avec la mise en place de mesures sanitaires drastiques. Par conséquent, il est indispensable de construire un TRMD alternatif en prévision de cette situation qui pourrait être amenée à durer une bonne partie de l’année avec des effectifs réduits et une organisation qui soit compatible avec une situation sanitaire fortement dégradée.

2- La situation actuelle exigerait plus que jamais qu’une réelle concertation collective et démocratique soit organisée, ce que la méthode que vous proposez tend au contraire à ne pas favoriser, voire à empêcher.

- Premièrement : les quelques documents de travail qui nous ont été communiqués sont très incomplets et doivent être actualisés : ces documents ne contiennent aucune indication en ce qui concerne les effectifs des différentes classes ou des différents groupes de spécialités, de langue ou d’option. Ils ne contiennent pas les tableaux de répartition par classe ou par division. Pour toutes ces raisons, il ne sauraient constituer un TRMD. Enfin, ces documents ont été constitués sur la base d’une estimation du nombre d’élèves par spécialités qui a nécessairement évolué suite aux remontées des conseils de classe du deuxième trimestre.
Il n’est pas possible d’entamer des discussion sans disposer de l’ensemble de ces informations. Nous refusons donc de participer à ce qui, dans ces conditions, ne pourrait être qu’une parodie de concertation.

- Deuxièmement, les conseils d’enseignements se sont faits sans aucun documents et sans que les équipes puissent se concerter, ce qui a conduit de nombreux collègues à refuser d’y participer. Malgré les demandes répétées de l’ensemble des enseignants depuis janvier, aucune assemblée plénière n’a été convoquée et les réunions de préparation ont été sans cesse repoussées sous différents prétextes.

- Troisièmement, contrairement à ce que vous affirmez, vous avez organisé un conseil d’administration l’année dernière en février pour étudier le TRMD, et chacun a pu constater que c’est par ce moyen que la concertation a réellement pu s’exercer.
Vous avez donc, cette année, communiqué un TRMD au rectorat en février sans convoquer de conseil d’administration. Quant au prochain, il n’est prévu qu’à la fin du trimestre, c’est à dire fin juin ou début juillet, quand tout sera déjà décidé et qu’il ne sera plus possible de changer. Cette mise à l’écart contrevient au code de l’éducation qui prévoit que le conseil d’administration joue pleinement son rôle dans les choix pédagogiques de l’établissement. Il est inacceptable que le conseil d’administration, qui est la seule instance démocratique regroupant l’ensemble des acteurs du lycée soit réduit à une simple chambre d’enregistrement.

3- En conclusion :

Plus que jamais, face l’importance des enjeux et des difficultés auxquelles nous devons faire face nous souhaitons donc formuler ici trois demandes claires, précises et fondamentales :

- Il est d’abord indispensable de prendre en compte les enjeux sanitaires qui s’imposent désormais à nous pour constituer un TRMD adapté en reconstituant des groupes classe, en obtenant la possibilité de classes plafonnées à 24 élèves avec la possibilité de dédoublements chaque fois que nécessaire et en élaborant différents scénarios pour tenir compte de la crise sanitaire à laquelle nous risquons à nouveau d’être confrontés à la rentrée. Les moyens supplémentaires qui sont exigés par la situation doivent être demandés et accordés. C’est sur cette base que des discussions doivent désormais être engagées.

- Nous demandons, une fois encore, à ce que les réunions de préparation se fassent sous forme d’assemblée plénière avec des documents complets à la disposition de chacun fournis suffisamment à l’avance, permettant ainsi à l’ensemble des collègues de participer en toute transparence. En l’absence de ces documents, aucune discussion ne peut réellement avoir lieu. Nous demandons à ce qu’un TRMD complet nous soit transmis avec les tableaux complets de répartition des moyens par classe et par section, l’indication des effectifs par groupe de spécialités, d’option et de langues, l’indication du nombre d’élèves prévu pour chaque spécialité, option ou langue. Il est nécessaire que ces documents nous soient communiqué suffisamment à l’avance avant la prochaine réunion afin que nous puissions nous concerter.